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29 juillet 2009 21:00 | par Hugues Gonnot

Usine Subaru de Lafayette



Usine Subaru SIA (© Photo : Subaru)

Imaginez un peu qu’une énorme usine automobile capable de produire plus de 200 000 véhicules par an rejette moins de déchets en 12 mois que vous et moi en une semaine. Impossible, direz-vous! Et pourtant si.

On a tous en tête l'image de la grosse usine sombre qui rejette des gaz noirs du haut de ses grosses cheminées. Si cette image est encore bien trop souvent une réalité, il existe des industriels qui font bouger les choses et ajustent leurs conditions de production pour obtenir le plus faible impact sur l'environnement possible.Pour situer un peu l'ampleur du défi de rendre une usine automobile la plus propre possible, commençons par mettre le site en contexte. L'usine SIA (pour Subaru of Indiana Automotive) de Lafayette c'est un investissement de 1,2 milliard de dollars, 3 millions de pieds carrés de surface construite, une capacité de production maximale de 262 000 véhicules par an, 17 kilomètres de convoyeurs et 3400 personnes présentes sur le site.

Galerie de photos : usine Subaru de Lafayette

Usine Subaru SIA : bacs de recyclage (© Photo : Subaru)

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Un peu d'histoire

SIA a été incorporée en mars 1987. À l'époque, SIA voulait dire Subaru Isuzu Automotive Inc. Il s'agit effectivement d'une association entre ces deux constructeurs japonais pour produire des autos en Amérique du Nord. Le 11 septembre 1989, la première voiture est fabriquée : une Subaru Legacy. Un peu moins de 10 ans plus tard, le millionième exemplaire sort des chaînes. Si les années 90 sont bonnes pour Isuzu, le tournant des années 2000 prend une saveur amère. Les ventes baissent dramatiquement et Subaru prend l'unique propriété de l'usine le 1er janvier 2003. En 2006, Toyota prend une participation dans le capital de Fuji Heavy Industries, la maison mère de Subaru. Toyota, à la recherche de capacité de production supplémentaire, annonce que la Camry sera produite à SIA en mars 2006 et la production effective débute en février 2007.Actuellement, SIA est la seule usine qui produit les Tribeca, fabrique toutes les Legacy et Outback destinées au marché nord-américain, ainsi qu'une partie des Camry nord-américaines. L'usine incorpore aussi une unité d'assemblage des 4-cylindres à plat qui sont installés dans les Legacy et Outback, dont les versions PZEV, pour Partial Zero Emission Vehicule. Dans la classification californienne, PZEV est le meilleur niveau qu'un véhicule à moteur conventionnel peut atteindre en termes de pollution. L'avantage par rapport à un hybride est le surcoût pratiquement négligeable tout en émettant 90% en moins d'émissions polluantes qu'un véhicule conventionnel.Pour 2008, SIA devrait produire aux environs de 28 000 Tribeca, 78 000 Legacy et Outback et 92 000 Camry.

Usine Subaru SIA : tri des emballages à réutiliser (© Photo : Subaru)

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Ça part de haut

Vous pouvez facilement imaginer que réduire les déchets à zéro pour une telle opération ne s'est pas fait en un claquement de doigt. C'est la direction de Fuji Heavy Industries qui a fixé les objectifs ambitieux en matière d'environnement. L'important est d'obtenir l'adhésion de tout le monde pour mener à bien un tel projet. « Les meilleures idées viennent toujours de nos associés (nom utilisé ici pour les employés) » d'expliquer Denise Coogan, directrice des affaires corporatives, de la sécurité et de l'environnement. Denise étant d'ailleurs probablement la plus enthousiaste de tous.Tout a commencé par ce que Denise appelle sa « plongée dans les poubelles ». Elle et son équipe ont été recenser ce que l'usine produisait quotidiennement comme déchets et se sont ensuite attelés à les éliminer un par un.

Les 3R

C'est le nom de la méthode qui a permis de remplir l'objectif. 3R tient pour réduire, réutiliser et recycler.Réduire, c'est traiter le problème à la base. De plus, c'est là que le plus gros impact économique se fait (parce que oui, on peut être vert ET sauver de l'argent!). En optimisant le processus de production, l'équipe de SIA a réussi à faire passer la quantité de déchets générés de 459 livres par véhicule produit (208 kilos) en 2000 à 251 livres (114 kilos) en 2007, soit une réduction de 45%.

Usine Subaru SIA : tri des polystyrènes qui repartiront au Japon (© Photo : Subaru)

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Réutiliser, c'est perdre le réflexe de jeter dès la première utilisation. Avec une bonne réflexion, l'équipe de SIA a réussi à rendre une seconde vie à tous les emballages, quitte à les faire modifier. Par exemple, tous les emballages de pièces en polystyrène utilisés dans l'usine de moteurs sont réexpédiés au Japon. Ces emballages font faire au moins 5 allers et retours avant d'être recyclés. Grâce à cela, ce sont 1930 tonnes d'emballages, 812 tonnes de palettes et 22 tonnes d'huiles et d'absorbant à huile qui ont été épargnés l'an dernier.Quand on ne peut plus réduire et réutiliser, il reste encore la possibilité de recycler. Là encore, tout est traqué. Par exemple, un effort a été fait sur le nettoyage de l'atelier d'emboutissage pour récupérer jusqu'aux copeaux d'acier. Résultat, l'usine à recyclé 13 142 tonnes d'acier en 2007. Est aussi recyclé tout ce qui est carton et papier (1448 tonnes l'an dernier), plastique et emballages (194 tonnes), bouteilles et cannettes (20 tonnes), solvants et tissus de nettoyage (10 tonnes) et même jusqu'aux tubes d'éclairage halogènes (4 tonnes). Le recyclage des tubes est intéressant. L'usine s'est dotée d'un appareil qui mange littéralement ces tubes et sépare automatiquement les matériaux pour les envoyer au recyclage. Une unité qui génère énormément de polluants, c'est la peinture. Cette unité vient de se convertir à la technologie de peinture à l'eau et tous les rejets sont valorisés d'une façon ou d'une autres alors que les différents solvants sont récupérés.Le taux de recyclage atteint les 99,8%. Les 0,2% restants sont incinérés. Ce sont en général des produits pour lesquels l'EPA (Environment Protection Agency) exige de toute façon une incinération.

Usine Subaru SIA : recyclage du papier (© Photo : Hugues Gonnot)

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Des efforts récompensés

Les effets d'une telle politique n'ont pas tardés à se faire sentir. En 1998, SIA devenait la première usine automobile nord-américaine certifiée par la norme environnementale ISO 14001 et, en 2003, elle devenait la première usine automobile désignée comme habitat pour la vie sauvage par la National Wildlife Federation. En effet, on retrouve un peu partout des rennes, des canards, des oies sauvages du Canada, des hérons bleus, des lapins et même une famille d'aigles à tête blanche (quand on sait quel symbole représente cet oiseau pour les américains). Et finalement, l'objectif de zéro déchet a été réalisé en 2004.Les efforts de SIA ont été aussi reconnus au travers de nombreuses récompenses : l'EPA a attribué deux prix prestigieux (réduction de l'empreinte industrielle en 2006 et du recyclage en 2007) alors que le gouverneur d'Indiana décernait le prix de l'excellence environnementale en 2003 et en 2006.

Usine Subaru SIA : ligne de fabrication de la Toyota Camary (© Photo : Hugues Gonnot)

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Des nombreuses grandes entreprises viennent visiter SIA pour découvrir leurs méthodes de gestion des contraintes environnementales et de sécurité. Car SIA présente un taux d'accidents trois fois moins élevé que la moyenne nationale.

Un exemple à suivre

Au-delà des chiffres et des procédés, l'usine SIA envoie deux messages forts. Un : c'est possible! Il est possible de maintenir une activité industrielle de pointe tout en réduisant de façon notable l'impact sur l'environnement. Deux : cela prend la coopération de tous. Impliquer tout et chacun est indispensable. Compter sur le volontariat, comme nous le faisons trop souvent en Amérique du Nord, ne suffit pas.Bon, c'est pas tout ça, mais je dois aller trier mon recyclage moi!

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